Les prix, dans l’univers du mobile, ont bougé en France grâce à Free. Ceci est un fait devenu indéniable. Plusieurs études comparatives ont montré que la seule annonce de l’arrivée de Free avait mené à un abaissement généralisé des prix sur ce marché. Toutefois, il semble que contrairement à ce que Xavier Niel a affirmé, Free Mobile pratique une stratégie de low cost. Mieux, le trublion a inventé un nouveau modèle: le « slow-cost ».

« Free n’est pas une entreprise low cost. » Xavier Niel

Free (en tant que fournisseur d’accès internet) n’est peut-être pas une entreprise low cost (quoi que…), mais Free Mobile a bel et bien mis en place un modèle low cost. Pour s’en convaincre, venons en à la définition de ce que l’on détermine par low cost: « Stratégie d’entreprise visant à réduire l’offre à l’essentiel des qualités attendues par le client en contrepartie d’un prix très bas. Le low cost n’est pas assimilable au bas de gamme où la qualité substantielle peut être mise à mal. » (Source: Mercator, édition Dunod). 

Peut-on penser que Free Mobile a développé une stratégie low cost? Assurément; et ce en contravention totale avec ce qui avait été affirmé par Xavier Niel: « Free n’est pas une entreprise low cost. Nous avons des offres à bas coûts, mais nous sommes une entreprise raisonnable ». On le remarque, il y a contradiction entre ce que dit le fondateur de Free et les définitions des ouvrages spécialisés. En effet, en réduisant à deux offres son catalogue commercial et en découplant le prix du forfait de celui du terminal, Free Mobile entre bel et bien dans le cadre de cette définition.

Juger d’un modèle low cost est aussi affaire de comparaison

La définition donnée plus haut vaut pour le cas général. Toutes les entreprises ne sont pas soumises aux mêmes enjeux. Dès lors, la structure de coûts peut être faible en proportion du chiffre d’affaires, alors que dans le même temps les services peuvent être pléthoriques et qualitatifs. Il faut donc comparer les structures de coûts des acteurs du secteurs.

L’Usine Nouvelle a réalisé cette démarche pour nous. Un cabinet d’études mandaté pour l’occasion a tenté de comparer les marges entre les opérateurs historiques et Free Mobile. Le résultat est sans appel. Lorsque les opérateurs historiques font 33% de marge sur les ventes de leurs forfaits, Free Mobile en fait 60. Pour arriver à ce résultat, Free ne fait aucun effort sur le prix du terminal (on remarque, par ailleurs, que le prix du terminal est d’abord un coût pour l’entreprise), puis c’est la force commerciale et le service après-vente qui voient leurs coûts abaissés par rapport à ceux des concurrents.

Free a inventé un modèle Slow Cost

En rognant sur les coûts, Free arrive tout de même a aligner sa qualité de service par rapport à ses concurrents. Comme la définition du Mercator l’indique, nous sommes ici loin du bas de gamme. Il est vrai que chaque jour ce site annonce le lancement d’une nouvelle fonctionnalité chez Free Mobile. Néanmoins, puisque la stratégie mise en place engendre des coûts faibles, les moyens humains et techniques mis à la dispositions de Free Mobile doivent logiquement être faibles (ou plus faibles que ceux des concurrents). Développer une fonctionnalité mineure sur le site internet prendra alors de nombreux jours.

Free a donc mis au jour un nouveau modèle marketing. Alors que l’entreprise s’est lancé sur un marché où la vitesse semble être un atout majeur, Free Mobile n’a d’autres choix que de faire patienter ses clients. Le « slow cost » est donc né de la conjonction entre l’impératif de vélocité impossible à respecter, des coûts allégés et de nombreux services déjà annoncés.

Néologisme marketing inspiré par Brigant (lecteur du site à qui vont mes remerciements).